Daniel Casanova est né en 1957.
Corse d'origine, il vit et travaille à Vittel, dans les Vosges, partageant son temps entre son activité de photographe indépendant et l'enseignement des Arts Plastiques en collège.
Diplômé de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Nancy, il est passé ''sérieusement'' à la photo au tout début des années 90, après avoir mené un travail de peintre pendant presque quinze ans.
Plus qu'une façon de voir, sa photographie est une façon d'être, plaçant résolument l'humain au coeur de sa démarche.
Attentif à la ''poésie de l'instant'' et néanmoins lucide face à la réalité quotidienne, il capte sans artifice et avec bienveillance tous les aspects de la vie telle qu'elle va.
Ses photographies font parfois l'objet d'expositions.

 

 

 

PHOTOGRAPHIE, MON BEAU SOUCI...

 

 

Je t'observais, cet après-midi lorsque l'on se promenait. Je suis frappé de la façon dont tu opères. J'ai remarqué que ton regard est constamment en mouvement, et puis soudain ton attention se fixe, tu t'approches doucement, discrètement, tu fais ta photo et tu poursuis ton chemin, comme si de rien n'était...

Oui, la discrétion est primordiale. Il ne faut pas bousculer les gens, il faut juste être passant. D'ailleurs, je n'aime pas beaucoup discuter avec les personnes que je photographie sur le vif. Ni avant, ni après. Et c'est vrai que le terme opérer est assez juste. J'opère un prélèvement de l'instant, je découpe dans la réalité qui s'offre. C'est curieux, c'est presque un acte chirurgical et ça n'a rien à voir avec la douleur...


On dit souvent qu'un photographe vole toujours un peu de celui qu'il photographie.

Peut-être. Mais ça, c'est un sentiment tout de même assez récent dans nos sociétés occidentales. C'est sûrement plus pregnant dans d'autres cultures. Mais, à mon avis, le photographe a plus à voir avec le receleur ou le trafiquant d'éternité. Si on parle de voleur, on pense dérive, paparrazzi. Encore que là, on n'est plus dans la photo. On est dans l'image, le commerce d'images.


Ainsi tu ferais une distinction entre photographie et image ?

Il ne faut pas croire que je joue sur les mots. Mais s'il peut y avoir une distinction majeure, c'est bien là qu'elle doit se faire. A la base, avec la photo, on est dans la captation et la restitution presque ingénue du sujet, du moment offert. Tandis qu' avec l'image, c'est autre chose, on est ailleurs. On est dans l'objet fabriqué pour la consommation. Et d'autant plus facilement fabriqué aujourd'hui, avec l'envahissement du numérique. On baigne dans le traficotage, photoshop, la manipulation. Et bien sûr inévitablement dans le commercial, dans l'argent. On est passé de l'argentique à l'argent... Mais dans ce domaine là, je suis un peu naïf, je le reconnais...


Alors la photographie serait argentique et l'image numérique ?

Oh non. Ce n'est pas aussi simple, aussi tranché. Et ce n'est pas une affaire de support, mais de démarche. J'allais dire de déontologie. Tous les photographes doivent ou devraient montrer toute leur responsabilité, leur rigueur morale, voire politique, dans ce qu'ils produisent et ce qu'ils diffusent. Mais malheureusement, beaucoup trop de ''faiseurs d'images'' ont une conscience par trop élastique dès lors que l'argent régit leur démarche.


Ca ressemble un peu au mythe de l'artiste pur, maudit, pauvre...

Mais pas du tout. La question de l'argent dans la photo est légitime dès lors que faire des photos représente un coût. Je te parlais de conscience, j'allais dire d' humanisme, même si ce mot est aujourd'hui bien galvaudé. Je pense toujours à cette anecdote de Doisneau faisant un reportage sur la transhumance. Soudain arrive un camion qui rate son virage et fonce dans le troupeau de moutons. Et au lieu de faire des photos du carnage, Doisneau choisit de consoler le berger. Voilà, c'est cette attitude là que j'aime chez un photographe. Ne pas faire une photo pour la photo. Etre une personne avant tout. D'ailleurs, Le Querrec a une belle formule à ce sujet : il dit ''Ne pas avoir la tête en forme d'appareil photo''.


Est-ce que l'on peut tout photographier ?

Bien sûr que non. Parfois, l'oeil se doit d'être pudique.


Y a-t-il des photos que tu ne pourrais pas faire ?

Des photos putasses par exemple. Il y a surtout des photos que je ne veux pas faire : la photo sans saveur pour illustrer un quotidien, des pots de fleurs ou du people. Ce qui est un peu la même chose, d'ailleurs... Ou la commande qui va à l'encontre de mes idées, de mes sentiments. Aller photographier Sarko sous prétexte qu'il est ''incontournable'', ça non ! Lui comme aucun autre homme politique d'ailleurs. Un jour, un type que je connaissais un peu m'a appelé parce qu'il se présentait à des élections locales et il voulait que je le photographie pour ses affiches. J'ai refusé. Même s'il se présentait sans étiquette. C'est le genre de photos que je ne veux pas faire, en aucun cas.


Tu as cependant photographié Talamoni et Siméoni ?

Oui, bien sûr. Mais avec eux, on est loin de la politique politicienne. Ce sont des rebelles, presque des hors-la-loi. Si tu regardes bien, c'est une photo très douce, complice, amicale. Hors contexte politique. Et puis, même si elles divergent parfois sur la forme, sur le fond nos idées sont en accord.


A ce propos, cette Corsitude que tu revendiques, est-ce qu'elle influe sur ton travail, sur ta façon de regarder, de photographier ?

Certainement, inconsciemment. Mais je ne saurais pas vraiment expliquer comment. Tu sais, même si on essaie de rester le plus neutre, le plus vierge possible, il faut bien se rendre à l'évidence : On regarde le monde, et à fortiori on le photographie, avec toujours en tête un ensemble de sentiments, de valeurs, de connaissances, voire de préjugés qui résultent tout à la fois d'une éducation reçue et ce qu'on a fait de cette éducation.


Justement, parle-moi un peu de ton éducation, de tes origines. Quel a été ton parcours...

Pas simple ! C'est un parcours bien chaotique...


Tu as grandi dans un milieu artiste ?

Ah non, pas du tout. Je viens d' un milieu assez pauvre. Mon père est mort jeune, quelques jours seulement après ma naissance et ma mère a dû travailler dur pour nous élever. C'était pas Zola ou le Lumpenproletariat mais ça y ressemblait un peu quand même...


Et la photo ?

On avait un petit Kodak Brownie à la maison. Dans les années soixante, c'était l'appareil familial par excellence. Mais on ne l'utilisait que très très peu. Les films et le développement coûtaient chers. De temps en temps ma mère m'autorisait à faire une photo, rarement deux. Je n'ai pu conserver qu'un seul négatif de cette époque. C'est une de mes toutes premières photos.


C'est à ce moment-là que tout a commencé ?

C'était un premier contact avec la photo, et qui, peut-être, a été déterminant. Je ne pourrais pas dire. En fait mon intérêt véritable pour la photo s'est révélé bien plus tard. Entre temps j'avais découvert la peinture, Van Gogh, Fromanger... Ce sont les hyperréalistes des années 70 qui m'ont vraiment amené vers la photo : Richard Estes, Hockney. C'est parce que leur travail de peintre m'intéressait que j'ai commencé à utiliser la photo comme support, comme base, pour mes tableaux.


Mais la photo n'était qu'un moyen...

Un point de départ, oui, une base. Je ne soignais pas vraiment le cadrage ni la lumière. Ce qui m'intéressait, c'était le document en lui-même. A utiliser tout ou en partie. Parfois j'empruntais à plusieurs photos, je combinais, je détournais... Mais au final, je crois maintenant que ça ne donnait pas une peinture vraiment intéressante. En tout cas, mes peintures vieillissent bien plus mal que mes photos.


Je crois savoir que c'est pour cela que tu es passé sérieusement à la photo.

Au tout début des années quatre-vingt dix, je n'avais plus d'atelier. Je venais de terminer les Beaux-Arts et, à vrai dire, je ne savais plus vraiment où j'en étais avec la peinture. Je me posais beaucoup de questions. Et puis l'envie de photographier simplement, en noir et blanc, me taraudait depuis quelques temps. En fait, quand j'y repense maintenant, c'est peut-être la chute du Mur de Berlin qui a été le catalyseur. Je voyais là-bas les photographes engranger les moments, les situations. Et moi j'étais là avec mon carnet de croquis et un vieux Praktica déglingué. Un peu à contre-courant.


Mais tu y as fait des photos, quand même...

Oh, vraiment très peu, et plutôt comme un touriste qui cherche à conserver un souvenir du moment. Peut-être deux ou trois films, tout au plus. Ce qui est vraiment très peu. Mais l'envie était là. Il fallait juste que je me ''désenglue'' de la peinture...


Et pourquoi le noir et blanc ?

J'avais déjà fait un peu de labo, comme ça, quand j'avais une vingtaine d'années. J'aimais bien ce côté artisanal : interpréter le négatif, puis voir émerger le résultat... Toute cette alchimie. Et puis, le noir et blanc est beaucoup plus poétique. Il laisse une grande part au subjectif, à l'imaginaire. La couleur, c'est du pré-mâché.


Tu fais de la couleur ?

Pratiquement jamais. Il m'est arrivé de l'utiliser quelquefois, pour répondre à une commande, mais franchement je n'aime guère cela.


Donc, tu réalises toi-même tes tirages ...

Des tirages de lecture aux tirages d'exposition, oui. Le tirage, c'est vraiment le prolongement de la prise de vue. C'est un moment important, la traduction de l'instant capté. Je trouve dommage que tant de photographes considèrent cela comme une corvée... Ah, bien sûr, s'enfermer dans le labo quand il fait beau dehors, c'est parfois un peu masochiste...


Est-ce que faire du labo influe sur ta manière de photographier ?

C'est certain. Dans le placement par rapport à la lumière, par exemple. Certaines fois, on se dit que la lumière est splendide mais on sait que l'on risque d'en baver au tirage parce qu'avec les contrastes ou l'équilibre, ça ne va pas être évident à traduire. Cela arrive souvent. Et encore récemment avec les photos de New York. La belle lumière d'automne, rasante, frisante... et terrible !


Pour en revenir aux Beaux-Arts, comment se fait-il que tu y sois allé aussi tard ? A trente ans, je crois...

Oh, c'est un peu par hasard. En fait, ce cap des trente ans a été pour moi vraiment un passage difficile. J'étais peintre, mais ça ne marchait pas tellement. Et j'avais un peu l'impression de voir ma vie dans une impasse. Tu sais, ce désagréable sentiment d'aller droit dans un mur. Je m'interrogeais sans cesse. Alors j'ai décidé de reprendre des études. Ce qui n'était vraiment pas facile, à ce moment-là. Pas de bourses possibles, pas même de Sécu. Fallait vraiment en vouloir... J'ai commencé par repasser mon bac, en cours du soir. Un an de cours du soir, à quarante kilomètres de chez moi. On faisait la route avec un copain qui était dans la même situation, parce qu'à cette époque je n'avais même pas de permis de conduire. A fortiori pas de voiture. Puis je suis allé m'inscrire en fac de philo et, ce même jour, je suis passé devant l'Ecole des Beaux-Arts...


L'Ecole des Beaux-Arts de Nancy...

Oui, c'est ça. La porte était ouverte, j'ai vu de la lumière, et comme je suis d'un naturel assez curieux, j'ai décidé de rentrer, pour voir... Et j'en suis ressorti avec un dossier d'inscription au concours. Quand je raconte cette histoire, ça semble un peu cliché. Mais c'est pourtant vraiment comme ça que ça c'est passé.


Mais qu'est-ce que tu attendais des Beaux-Arts ? Tu étais déjà installé dans ton métier de peintre, tu exposais un peu partout...

Après coup, je me dis que j'allais peut-être y rechercher une forme de reconnaissance. Sans cesse, dans les expositions, revenait cette question mielleuse : ''Alors, vous avez fait les Beaux-Arts ?''. Et je dois avouer que ça m'énervait beaucoup. Pour certaines galeries, c'était presque un diktat : ''Vous n'êtes pas passé par les Beaux-Arts : vous n'avez pas de légitimité !''. Sans appel.


Et ça te posait problème ?

A la longue, oui. Même si je me rendais compte que c'était parfaitement ridicule.


Et donc tu as passé le concours d'entrée, comme un débutant ?

Comme un débutant. J'étais là avec des petits jeunes qui sortaient du lycée, qui avaient une vision très idéaliste de l'Art et des artistes...


Ce décalage n'était pas gênant pour toi ?

C'était même plutôt salvateur. Ca me forçait à faire un retour sur beaucoup de fausses certitudes. Comme un coup de pied au cul qui m'obligeait à me remettre en cause et à explorer d'autres possibilités, d'autres voies. Finalement, ça a été un grand bol d'air. Et en même temps, c'est là que, paradoxalement, j'ai perdu ma peinture...


Quand tu me parles de cette remise en cause, ça me fait un peu penser à Erik Satie qui s'était inscrit, lui aussi sur le tard, à la Scola Cantarum.

Oh, la comparaison est flatteuse, parce que j'aime vraiment beaucoup Satie... Je crois que, tant que l'on n'a pas trouvé cette sorte de plénitude qui vous construit jour après jour, il faut sans cesse creuser et creuser encore. Ne pas hésiter à rebrousser chemin pour mieux repartir. L'harmonie intérieure n'est pas une chose facile à construire, il faut savoir se donner du temps.


Et tu trouves cette plénitude avec la photo ?

La photo n'est qu'un élément de cette construction. Comme la famille, le lieu et la qualité de vie. C'est un élément dans tout un ensemble.


Quand on les regarde de plus près, tes photos sont très personnelles. N'as-tu pas l'impression de nous montrer une forme d'autoportait à travers ton travail ?

Il est certain que je ne peux pas dissocier mes photos de ma vie personnelle. C'est inextricable. On ne dissocie pas le danseur de la danse.


Quels sont les photographes qui t'ont influencé ?

Je dois avouer que, lorsque j'ai commencé à m'intéresser sérieusement à la photo, je ne savais pas grand chose de ce milieu, et encore moins des photographes. Quelques photos de Depardon, un calendrier de Ronis... Il y avait à ce moment-là une revue très intéressante, qui s'appelait Photographie Magazine, qu'il m'arrivait d'acheter de temps en temps. J'y découvrais des choses pas mal. Mais j'y voyais aussi ce que je ne voulais pas faire : cette photo contemporaine, cette photo dite plasticienne qui ne me plaisait pas du tout. Qui ressemblait à toute cette médiocrité qui était très à la mode aux Beaux-Arts. L'image insipide, sans émotion, emballée dans un beau discours intellichiant...


Tu es dur... On trouve des photographes contemporains qui font un travail intéressant...

Peut-être. Je ne rejette pas tout en bloc. Mais il faut convenir du fait que ce qui est surtout mis en lumière aujourd'hui, ce qui marche fort auprès des décideurs et des galeries, c'est la photo comme ''produit artistique''. Grands formats, tirages limités, contenu insignifiant ou conceptuel... Des photographes qui jouent aux peintres. C'est aussi pitoyable que les pictorialistes au début du siècle dernier. Et c'est surtout très mercantile... Mais ce qui me gêne par-dessus tout, c'est la perte du pouvoir émotionnel de cette tendance actuelle. On est trop souvent dans le froid, l'image froide. C'est vraiment l'ère du papier glacé.


Beaucoup de gens font des photos, et de plus en plus avec l'arrivée du numérique. Pourtant, depuis le début de notre conversation, j'ai l'impression que tu parles de ''la'' photo comme d'une entité unique, un peu mystérieuse, un peu élitiste...

La photo est tout sauf une entité unique! Ca me surprend un peu que tu me dises cela, parce que c'est vraiment un domaine où cohabitent une diversité impressionnante de pratiques, de visions.. Mais bien sûr, il convient de faire des différences. On ne met pas en balance une photo souvenir anonyme avec une photo d'auteur. Tout le monde fait la différence entre une lettre administrative et une lettre de Mme de Sévigné. Ce n'est pas parce qu'il y a une profusion d'images produites chaque jour que l'on trouve des photos intéressantes.


Kertesz écrivait que ''la photo doit être réaliste''. Tu es d'accord avec cette idée ?

Ah, le père Kertesz... Bien sûr, on ne peut qu' être entièrement d'accord avec lui. Voilà quelqu'un qui, dès le début, dans les années vingt, a tout compris à la photo. Regarde son travail : d'une telle simplicité, d'une telle profondeur, d'une telle force ! Combien rêvent d'atteindre cette intemporalité...


As-tu l'impression que ce genre de photographie a encore un avenir ?

Non seulement elle a un avenir, mais c'est toujours celle qui reste, quand les effets de mode se dissipent. La photographie, c'est d'abord du sentiment, quoi que l'on dise. Puis le regard fait la traduction. Tu sais, c'est la fameuse définition de la photo par Cartier-Bresson : mettre sur la même ligne de mire la tête, l'oeil et le coeur...


...Et il ajoute : c'est une façon de vivre.

C'est une façon de vivre...


Tu ne vis pas de ta photo.

Non, malheureusement.


C'est pourquoi tu as décidé d'enseigner ?

Le choix était simple : ou faire de la photo alimentaire, c'est à dire accepter des contraintes inacceptables et des commandes pas toujours plaisantes, ou préserver ma démarche d'auteur. Mais il fallait bien assurer l'ordinaire. Alors à ce moment-là, j'ai essayé de trouver la solution la moins pire. Comme beaucoup d'artistes en France, j'ai commencé à enseigner. J'avais déjà fait l'école d'éducateurs, je savais ce que c'était de travailler avec des enfants, donc...


...La solution la moins pire ?

Oui, parce que dans l'enseignement des arts plastiques, on trouve une grande part de travail sur l'image. Et, à côté de la peinture ou du cinéma, la photo y tient une place importante. Alors, tu sais, ce n'est qu'une semi-frustration... Mais l'enseignement n'est pour moi qu'un job purement alimentaire.


Tout à l'heure, tu disais que tes peintures ne vieillissaient pas très bien. Comment vieillissent tes photos ?

Un peu comme du vin. Certaines ne résisteront sûrement pas à l'épreuve du temps. Mais allez savoir, après tout... Et puis d'autres se bonifient au fil des ans. Mais je n'ai pas une si longue pratique derrière moi pour préjuger de ce qu'elles deviendront. Accorde-moi encore une petite quarantaine d'années...


Faut-il longtemps pour devenir photographe ?

Pour devenir photographe, non. Dès le début, on a l'oeil ou on ne l'a pas. Par contre pour faire mûrir une vraie démarche de photographe, cela prend du temps.


Comment est reçue ta photo ? Les réactions des gens ne sont-elles pas trop difficiles, avec les problèmes de droit à l'image ?

En France, ce fameux droit à l'image est un véritable poison! Je dis bien en France, parce qu'à l'étranger existe une tolérance beaucoup plus grande. Et surtout on ne trouve pas cette espèce de paranoïa agressive affichée à tout bout de champ par certains. Mais bon, je fais avec, même si ce n'est pas toujours simple... En attendant des jours meilleurs.


Quelle est ta relation avec l'appareil photo ?

Ah, c'est plus qu'un outil, c'est le prolongement de mon regard. Et, bien sûr, j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux...


Avec quel appareil travailles-tu ?

J'en ai eu et j'en ai encore plusieurs. Mais mes deux compagnons préférés sont un Mamiya 6 avec un objectif fabuleux et un Leica M7 avec un Summilux de 35 mm. Deux appareils télémétriques redoutables. Ils sont techniquement simples, et cette simplicité me convient très bien.


Es-tu en rapport avec d'autres photographes ?

Oui, bien sûr. Même si je ne tiens pas à faire partie d'un collectif, d'une agence. Je préfère ce côté ''électron libre''... J'ai un bon copain en Corse qui est photographe. Quand on se rencontre, on parle un peu de notre travail mais beaucoup plus de voyages ou de bonne chère. La vie elle-même est quand même plus importante que la photo.


En fin de compte, à quoi sert la photo ?

Vaste question. Et tellement de réponses... J'espère modestement que cela sert à rendre les gens heureux pendant un instant. Heureux de faire une photo, heureux de regarder une photo. Ensuite...



Entretien réalisé au printemps 2008.

© Daniel Casanova / Adagp